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Devenir adulte en 2021

Quand j’étais petit, je croyais qu’être adulte c’était pouvoir faire ce qu’on veut, avoir de vraies responsabilités, avoir la possibilité de parler de sa vie. J’avais l’image d’un adulte qui a vécu des choses et qui sait restituer ses expériences en y apportant une approche critique. J’avais l’image des adultes tels mes parents lors des repas de famille par exemple.

La société infantilisée

Je crois de plus en plus à l’infantilisation de la société, c’est à dire cette volonté de contrôler les citoyens par une force supérieure qui pourrait dire ce qui est bon ou moins bon. Cette infantilisation se traduit par la multiplication des normes et des lois, parfois absurdes, qui empêchent la prise d’initiative. Ainsi toute chose qui sort un peu des cadres est vu comme quelque chose d’incroyable, comme une personne qui s’émancipe des règles, or ce comportement est :
premièrement, plus commun qu’on ne le croit, en effet je ne connais personne qui respecte absolument TOUTES les lois.
Deuxièmement ce n’est pas un acte héroïque, c’est bien souvent le simple bon sens qui nous pousse à ne pas suivre aveuglément la loi. Les lois sont donc parfois faites, non pas pour réaliser des choses de bon sens, mais pour être suivies sans questionnement aucun.

Les lois ont un double-objectif, le premier, le plus évident est l’organisation et la “canalisation” du désir des individus, afin de ne pas laisser les gens faire n’importe quoi. La loi, en ce sens, permet de régir les règles de vie en société. Le second objectif, plus subtil, est un moyen de normalisation et donc de contrôle.

En légiférant une action, on la rend banal et on rend alors anormale sa non-application. On peut ainsi rendre normal n’importe quoi, enfin presque, les lois sont tout de même votées.

Multiplication absurde des normes

Dans un objectif d’indifférenciation des individus, on multiplie les normes dès qu’une difficulté se présente. Ainsi, on ne laisse pas la place au libre arbitre et à la résolution à l’amiable. On rend tout de plus en plus administratif, de sorte qu’un problème concret devienne au final un simple Cerfa et un numéro de dossier : Résolu sous 72h, plus ou moins 6 mois.

La multiplication des normes permet d’accentuer l’infantilisation. En effet, un individu qui n’est pas libre de ses actions, qui est guidé dans tous ses aspects, et n’est donc pas capable de faire ce qui lui paraît juste, car il n’en a pas la “capacité”, est, par définition, un enfant.

Le serpent qui se mord la queue ?

Une question peut se poser. Est-ce la multiplication des normes qui infantilise ou bien l’infantilisation de la société qui oblige les dirigeants à nous guider de plus en plus. Pour moi, il est évident que c’est la première option qui est l’élément déclencheur. Mais aujourd’hui, ce n’est plus complètement vrai. Les gens sont infantiles. Il suffit de voir la place que l’on donne aux loisirs vidéo-ludiques, que je ne critique pas en tant que tels (j’ai grandi avec). Mais avouez qu’un trentenaire de banlieue parisienne, qui est tout le temps dans le désir d’achat, de sexe, d’amusement, qui ne pense qu’à ses potes et aux jeux-vidéos, qui ne s’intéresse à rien à part son propre domaine de vie, qui est détesté par sa belle famille car jugé comme incapable, n’est pas vraiment un adulte, mais bien un enfant à qui on a laissé un salaire et quelques pseudo-responsabilités pour le laisser dans l’illusion.

Nous vivons donc dans une société infantilisée. Les lois d’hier nous infantilisaient, les lois d’aujourd’hui sont faites pour les enfants que nous sommes devenus.

LeFeu